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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 08:17

Dans notre précédent article sur l’euro, nous avions mis l’accent sur les rapports de forces internationaux. Voyons aujourd’hui la question de la sortie de l’euro sous l’angle économique. L’argumentaire développé ici est issu du livre de Jacques SAPIR, « Faut-il sortir de l’euro », paru en 2012 mais toujours actuel.

Partons tout d’abord du constat. 1) sur le plan politique, les puissances financières internationales ont imposé l’indépendance des banques centrales par rapport au pouvoir politique des Etats, ce qui oblige ces derniers à payer, sous forme d’intérêts d’emprunts, toute création monétaire qu’ils faisaient autrefois gratuitement. Ceci assure à ce cartel de banques et à ceux qui les dirigent des rentes annuelles colossales. Actuellement, les intérêts de la dette que la France doit verser s’élèvent à 45 milliards d’euros. Tel est le montant de la rente annuelle pour un seul pays. Multipliez par le nombre de pays et vous imaginez ce que cela donne !

2) sur le plan économique, le néolibéralisme qui inspire les politiques de tous les Etats occidentaux, aboutit à un modèle d’économie duale, qui articule une minorité d’emplois à très hautes qualifications et bien payés (essentiellement dans les activités financières) à une masse d’emplois très faiblement payés (dans les services à la personne en particulier). C’est la conséquence directe de la désindustrialisation du pays. Cela signifie que, lorsque François Hollande ou Nicolas Sarkozy parlent de retour à la croissance, ils n’ont rien d’autre en vue qu’une croissance qui ne ferait que renforcer cette dualité de la distribution des revenus.

3) sur le plan international, trois pays européens sont en grande difficulté : la Grèce, l’Irlande et le Portugal. Pour éviter qu’ils tombent en faillite, il est nécessaire de renflouer leurs économies en y injectant 845 milliards d’euros, soit près de la moitié du PIB de la France. Et ce, juste pour leur garder temporairement la tête hors de l’eau ! Mais deux autres pays ont une économie vacillante : l’Espagne et l’Italie. Le montant total de l’aide à fournir à ces cinq pays est estimé à 2000 milliards d’euros, soit l’équivalent du PIB annuel de la France. Ceci implique de ponctionner encore plus les contribuables français et allemands notamment, donc aggraver encore les politiques d’austérité.

En résumé, un plan de sauvetage, qui ne pourra reposer que sur les économies encore jugées saines, c’est-à-dire la France et l’Allemagne, coûterait 218 milliards d’euros par an, soit 5,4% du PIB de 2011 de l’Allemagne et de la France réunies. Comme le taux de croissance moyen de la France sur la période 2001-2011 était de 1,3%, il faut soustraire 2,7% (la moitié de 5,4, pour simplifier), soit un taux de croissance annuel négatif de 1,4% ! Au contraire, si l’euro n’avait pas été surévalué par rapport au dollar pendant plus de dix ans, la France aurait connu en 2011 un taux de croissance de 4% à 4,5% au lieu de 1,7%.

L’euro, nous a-t-on dit, va générer de la croissance. C’est tout le contraire qui s’est produit. La croissance fut constamment plus faible dans la zone euro que dans les autres pays développés. Ainsi, sur la période 2001-2011, la croissance moyenne sur la zone euro fut de 1,1% (source : perspectives économiques de l’OCDE), tandis qu’elle était de 1,6% pour le Royaume Uni, de 1,8% pour la Norvège et la Suède, et de 3,1% pour l’Australie.

Rappelons la raison de fond de la nécessité de la sortie de l’euro : des Etats ayant des démographies différentes ont besoin d’avoir chacun sa propre politique de développement. Par exemple, l’Allemagne, dont la population est décroissante, n’a pas les mêmes besoins de création d’emplois que la France, qui a un taux de natalité de l’ordre de 2% annuel. En ce sens, une monnaie unique est une aberration. Seule la lâcheté de nos hommes politiques explique le maintien de la France dans l’euro.

Ainsi, comme l’explique très bien Jacques SAPIR, « on comprend désormais que la zone euro, dans son état actuel, soit devenue une véritable machine de guerre sur le plan social pour imposer toujours plus de sacrifices et de régression ». La hantise des Etats-Unis étant une Europe forte, on ne peut qu’en conclure que les hommes politiques des pays membres de l’Union Européenne ne sont que les valets des américains.

Il faut donc que la France sorte de l’euro au plus vite. Voyons comment faire. Il faut conjuguer la sortie de l’euro avec une dévaluation que l’on peut estimer entre 20% et 25%. Cette dévaluation présente un double avantage : diminuer d’autant la dette publique et donner un coup de fouet à nos exportations. Mais au cas où d’autres Etats européens voudraient également sortir de l’euro, il ne faut surtout pas se laisser tenter par la formule de la monnaie commune, car elle obligerait la France, et les autres Etats, à rembourser leur dette dans cette monnaie commune, ce qui annihilerait le bienfait de la dévaluation.

On peut prévoir, à court terme, un choc sur le pouvoir d’achat, estimé à environ -2%. Mais ceci est atténué par le fait que la relance de l’économie permettrait de revenir rapidement à une véritable croissance du pouvoir d’achat, comme cela s’est passé en Russie en 1998 et en Argentine en 2002. Sans oublier le fait que, si la France reste dans l’euro, les plans d’austérité à répétition qu’il faudra imposer à la population française impliqueraient une baisse globale du pouvoir d’achat de 4% à 5% suivie d’une période de stagnation sur plusieurs années.

La décision de dévaluer sous-entend que la France retrouve son indépendance et, en particulier, son pouvoir de battre monnaie. Aussi est-il nécessaire d’abroger la loi Pompidou de 1973 qui interdisait à la Banque de France de créer de la monnaie ex nihilo, et de sortir de l’Union Européenne afin de ne pas être soumis à l’article 63 du traité de Lisbonne, qui interdit le recours aux contrôles de capitaux. Il est clair que le gouvernement français ne pourra garder la maîtrise de ses décisions qu’en passant par l’article 16 de notre constitution.

Une nouvelle politique pourrait alors être conduite, qui s’appuierait sur quatre axes : 1) Décréter une dévaluation de 25%, ce qui conduirait à une croissance d’au moins 3% par an, avec un pic à 4% ou 5% dans les quinze à dix-huit mois qui suivraient la dévaluation ; 2) réindustrialiser le pays ; 3) reprendre l’initiative en matière de progrès technique et d’innovation ; ceci pourrait créer entre 0,8 et 1,3 million d’emplois ; 4) garantir la justice sociale en restaurant une échelle des revenus équitable.

Terminons par un regard géopolitique. Il est fort probable que la sortie de la France de l’euro ait un effet de contagion et pousse d’autres Etats à faire de même. L’euro disparaîtrait alors. Or il est utilisé comme monnaie de réserves par de nombreux pays qui veulent diversifier leurs actifs afin de moins dépendre du dollar. Selon Jacques Sapir, « dans un délai de six à neuf mois, la spéculation s’attaquerait aux Etats-Unis dont les déficits sont immenses ». Cela pourrait conduire à la fin du dollar comme monnaie de réserve internationale. C’en serait fini de la suprématie américaine.

C’est évidemment un scénario inacceptable pour les Etats-Unis et son allié Israël. Il ne leur resterait plus que la force armée pour contrer ce processus. Ce serait alors la troisième guerre mondiale.

Aujourd’hui, nous sommes à la veille d’une défection de la Grèce, qui se traduirait par sa sortie de l’euro. Vu le faible poids économique de ce pays, cela pourrait ne pas avoir de conséquences sur le reste de l’Europe. Mais nous savons que d’autres Etats ont des difficultés semblables : l’Irlande et le Portugal en premier lieu, mais aussi l’Espagne et l’Italie. Ces pays demanderaient qu’on leur applique la même remise de dette que celle accordée à la Grèce. Et le processus de sortie collective de l’euro serait ainsi amorcé…

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