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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 21:10
Faut-il sortir de l'euro ?

Avant de répondre à cette question, il faut déjà se demander si elle a un sens. Autrement dit, où est le problème ? Or la réalité est sinistre. Ainsi que le montre le graphique ci-dessous[1], le remplacement du franc par l’euro aura coûté à la France une perte estimée à 15% de son PIB !

Ce graphique analyse la période qui va de l’an 2000 jusqu’à aujourd’hui. Mais si l’on s’intéresse à ce qu’a coûté l’ouverture inconsidérée des frontières, la perte de pouvoir d’achat des français est de l’ordre de 50% au cours des trente dernières années, selon les études du prix Nobel français d’économie Maurice Allais[2].

Ce qui se joue autour de la question de savoir si nous devons rester ou sortir de l’Euro c’est bien la domination actuelle de la sphère financière sur la sphère des activités productives. Et nous savons que cette domination ne date pas d’aujourd’hui et n’est pas limitée à la France, puisque plusieurs présidents des Etats-Unis, dont Lincoln et J-F Kennedy, ont été assassinés pour avoir osé la remettre en question.

Mais revenons à l’aspect purement économique. La dette française s’exprime en euros. Que deviendra-t-elle si nous revenons au Franc ? L’économiste Jacques Sapir répond : un Etat rembourse dans SA monnaie du moment qu'il a emprunté dans celle-ci, et peu importe le nom de cette dernière. Si la France décidait donc de sortir de l’Euro et de rétablir le Franc, la conversion se ferait de droit, automatiquement.

Mais, il y a une dimension économique à cette question. Il faut savoir quelle sera la réaction des investisseurs face à une sortie de la France de l’Euro, accompagnée d’une forte dépréciation de notre monnaie tant par rapport au Dollar qu’au Deutschemark. Cette réaction sera la même que celle d’un investisseur français, ou américain, décidant d’acheter de la dette souveraine japonaise. Tout investisseur sait qu’il court un risque de change, soit négatif (la monnaie du pays se déprécie et il perd de l’argent) soit positif (la monnaie du pays s’apprécie, et il gagne de l’argent). L’investisseur arbitre entre ces risques. Ce qui est vrai aujourd’hui pour le Japon et les Etats-Unis, et qui l’était avant 1999 pour la France, le redeviendra avec une sortie de l’Euro, entraînant rapidement une dissolution de fait de la zone Euro.

On va dire, alors, que ces investisseurs étrangers vont se détourner du « risque » français. Mais, il faut considérer la masse d’épargne qui cherche à se placer dans le monde entier. L’Allemagne, pays de référence, n’a qu’une dette limitée, et qui ne devrait guère s’accroître dans les prochaines années. L’arbitrage sera donc entre la dette française, la dette italienne, la dette espagnole, etc… Qui, honnêtement, peut penser qu’après un éclatement de l’Euro - ce que provoquerait, il n’en faut pas douter, une sortie de la France - nous serions plus mal traités que l’Italie, l’Espagne, sans même parler du Portugal ou de la Grèce ? Par ailleurs, les autorités françaises disposent des moyens visant à rediriger l’épargne française vers la dette publique. Ces méthodes étaient couramment employées avant 1986.

Le principal intérêt pour la France de revenir au Franc est de rétablir sa souveraineté en matière de politique monétaire. Tous les économistes s’accordent pour reconnaître que l’euro est surévalué. Donc, si nous voulons revenir rapidement à l’équilibre de notre balance commerciale (rappel : importations 600 milliards, exportations 500), il faut dévaluer le Franc. Une dévaluation du Franc de 20% augmente notre déficit : la facture s'élève à 20 milliards. Mais cette somme est à comparer avec la perte de PIB : 15% de 2000 milliards, cela fait 300 milliards !

En conclusion, la France a tout à gagner à sortir de l’euro le plus rapidement possible

Au stade actuel de notre raisonnement, il est bon de revenir au triangle des incompatibilités de Mundell[3] : on ne peut concilier ensemble un taux de change fixe, une politique monétaire autonome et une libre circulation des capitaux. Ces 3 éléments ne peuvent s’accorder que deux par deux. Il faut donc choisir :

a) Un taux de change fixe et une politique monétaire autonome mais renoncer à la libre circulation des capitaux.

b) Une politique monétaire autonome et la libre circulation des capitaux mais renoncer à un taux de change fixe.

c) La libre circulation des capitaux et un taux de change fixe mais renoncer à une politique monétaire autonome.

Avant 1990, la France s’accordait de la proposition (a). Sous l’impulsion des Etats-Unis, la grande partie des Etats adopta après 1971 la proposition (b). On adopta avec la monnaie unique la dernière proposition (c) à l’intérieur de la zone euro.

Il est clair que l’intérêt de la France est de revenir à la proposition (a). Ceci implique de prendre des mesures pour interdire la libre circulation des capitaux. Il faut donc protéger nos frontières tant du point de vue de la circulation des hommes que de la circulation immatérielle.

La France devra donc dénoncer les accords de Schengen

Il faut bien voir que ces dispositions ont une incidence directe sur la politique migratoire. Il ne sera plus possible aux immigrés d’envoyer de l’argent à leur famille. Cet argent devra être dépensé en France, ce qui ne peut qu’améliorer notre balance des paiements.

La question du « plombier polonais » sera ainsi réglée, de même que les nombreux vols organisés par des mafias d’Europe de l’Est.

Mais la France ne tombera pas pour autant dans l’isolement

Il y a bien entendu une logique profonde dans cette perspective de sortie de l’euro. Elle est un élément d’une vision globale de la politique étrangère, celle d’une autre Europe, basée sur l’axe Paris-Berlin-Moscou. Un projet européen dont les anglo-américains ne veulent surtout pas. La sortie de l’euro conduit tout naturellement à la sortie de l’Union Européenne et à la sortie de l’OTAN.

C’est donc un nouveau positionnement de la France sur la scène internationale. Ce n’est pas nouveau. De Gaulle avait, en son temps, défini celui-ci comme une stratégie de défense « tous azimuts ». Si la nouvelle alliance doit se construire avant tout avec la Russie, la France aura aussi à se rapprocher des « BRICS » (Brésil-Russie-Inde-Chine et Afrique du Sud), ainsi que de l’Iran et de la Syrie de Bachar El Assad.

Quant à la politique africaine, nous avons déjà eu l’occasion de montrer l’intérêt à ce que la France se maintienne durablement en Centrafrique, en aidant ce pays à se développer sur trois plans : sa gouvernance, son économie et sa sécurité. Cela implique la présence de cent mille soldats français pendant une période de l’ordre de dix ans.

Tout ceci nécessite une augmentation du budget de la défense, lequel doit passer de 1% à 3% du PIB, ce qui ne peut être que bénéfique pour la relance de notre industrie. Quand on sait que la France n’a plus aucune fabrication de munitions sur son propre territoire, on voit le chemin qu’il y a à parcourir. Pour ne parler que de cet aspect…

En résumé, sortir de l’euro conduit vers de nouvelles alliances internationales, et par conséquent à une sortie de l’Union Européenne et de l’OTAN. En filigrane se trouve le projet d’une autre Europe, non plus soumise au dieu Argent, mais à la seule alternative cohérente : la reconstruction d’une Europe chrétienne, ce qui implique un retour à la royauté.

[1] Le carnet de Jacques Sapir sur la Russie et l’Europe (http://russeurope.hypotheses.org/2836#_ftn2)

[2] « L’Europe en crise, que faire ? », Ed. Clément Juglar, 2005

[3] « L’Europe, implosion ou refondation ? », Les éditions d’Héligoland, 2013

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